Ca peux faire rigoler, j'veux m'occuper des vieux. Rien à foutre quand les autres rient, disent que ça sert à rien et que j'pourrai faire mieux. Ils savent pas pourquoi je veux le faire. Ils cherchent pas à comprendreles raisons. Pourtant il y en a une belle de raison. Ils connaissent pas ce qu'il y a derrière moi. Ils ont pas vu ce que j'ai vu. Oui parce que pendant quatorze ans j'ai vu, j'ai vu mes parents s'aimer, puis s'enguele. Je les ai regardés taper dessus sans pouvoir rien faire ni dire. J'ai vu ma soeur s'en aller. Après j'me suis plus vue, je ne me suis pas vue quand je gueulais pour rien. Non, je ne m'en rendais pas compte. La vie l'a aidé à vite le voir. 8 août 2008, départ en vacances. Je ne voulais pas y aller pourtant. J'avais pas vu ma mère depuis un mois. Je ne savais même pas qu'elle allait mal. Je m'en suis rendu compte bien vite.. Pendant deux semaines, faire tous les hopitaux de la région pour savoir pourquoi elle avait si mal. J'me souviens, j'avais dit " plus jamais je partirai en vacances avec vous ". Je croyais pas si bien dire. 27 août, Maman va pas bien, on appelle les urgences. C'est seulement à ce moment là que j'ai paniqué. J'pleurais comme une dingue. Et là je l'ai vue, tous les mercredis, tous les week end, je l'ai vu dans son lit, à essayer de faire celle qui va bien. Après jusqu'à fin septembre, on ne me disait pas ce qu'elle avait, mais on a cru que ce serait bon que je sache. Un cancer, elle avait un cancer. J'ai même pas réalisé. J'ai été conne. Après elle est rentrée. Ce n'était plus comme avant, mais elle était là. Son état s'améliorait, elle n'avait plus trop mal, elle reprennait des forces. Elle arrivait à se lever toute seule. J'en pleurais de fiereté, comme c'était bon. Ensuite, j'ai continué à la voir. Elle marchait toute seule dans le couloire. J'étais fère, plus que jamais. Je faisais tout pour elle, pour qu'elle soit bien, toujours à son service. Après il y a eu les polonais. Je ne l'ai pas vue pendant une semaine. Une semaine, ça peut paraite peu pour certains, mais dans la maladie c'est beaucoup. Quand je suis revenue, elle pleurait. Elle pleurait parce qu'elle n'arrivait plus à se lever seule. Elle ne mangeait presque plus. Mais elle vomissait, et as qu'un peu. Puis elle a recommencé à avoir mal, rès mal.Toute la nuit, je l'entendais hurler. Elle dormait pourtant, mais elle hurlait. Le matin en passant dans le couloire, je la regardais. Je revenais le soir, elle criait encore. Ca faisait trop mal de l'entendre comme ça. Je l'avais vu aller si bien, être si forte, si courageuse. Et là je l'ai aimé, je l'ai aimé comme jamais. Mais ça n'allait pas. Un soir, on a rappelé les urgences. Je pleurais, encore et encore. Après ça a été les vaccances. Je suis allée la voire, le mercredi. Elle respirait par tuyaux, mais elle était à. Elle parlait, elle riait. Elle se choisissait ses " nouveaux cheveux ". Elle disait que si ça allait, on partirai en vacances à Noël. Puis j'suis allée chez mon père. Le mercredi, c'était son anniversaire. J'y suis allée, normale. Putain c'était plus la même. Je ne l'avais pas vu pendant une semaine pourtant. Elle avait le masque. Elle dormait. Et j'ai attendu. Elle m'a dit " t'es bien comme ça, change pas ". Puis elle s'est rendormie. Je suis partie sans oser l'embrasser. Le soir, on m'a annoncé que c'était fini. Je réalisais même pas ce que ça serait. Puis Alain qui me dit que j'pourrai toujous compter sur lui, que j'pourrai vivre avec lui si j'voulais. Il était défoncé. J'ai pleuré. Toute la nuit. Tout le jour suivant. Le jeudi soir, on m'a dit qu'elle était dans le comas et on m'a demandé si je voulais aller la voir. Non je ne voulais pas. Trop dur. Vendredi, c'était encore pire. J'en pouvais plus. J'ai pleuré tout le jour, j'ai demandé des nouvelles et on m'a répondu " Non ça va pas mais faut rester près d'elle, elle en a besoin. Courage petite soeur je t'aime ". Je me suis éffondrée. Le soir j'ai dormi chez mon oncle, il m'a demandé si je voulais y aller, non toujours pas. Peur d'avoir peur d'elle. Peur de la voir comme ça. Il a veillé toute la nuit sur elle. Le matin, je me suis levée, et aussitot on m'a dit " J'ai une mauvaise nouvelle, Maman est décédée, mais elle n'a pas souffert ne t'inquiète pas. Et ce qui est sûr c'est qu'elle t'aimait.." . Deux heures après, un coup de fil d'Alain qui me demande de lui rendre les clés d'la maison. Oui bah simpa les promesses hein. Le dimanche, on m'a demandé si je voulais aller la voir. e ne voulais pas, mais finalement j'y suis allée. Elle avait l'air mieux morte. A l'enterement, y'a cette connasse de cousine qui me sort " t'as vu ma mère elle m'a même pas dit bonjour, elle t'a dit bonjour toi ? " Putain mais elle a qui ça à dire sérieux. Enfin tout ça pour dire, que voir ma mère maade et souffrir autant, alors que c'était mon exemple, bah ça m'a donné envie de rendre service aux autres. Celui qui comprend pas après tout ça.. Puis pendant le stage, cette vieille dame à qui j'me suis tant attachée m'a dit " J'ai perdu ma mère, j'avais pas plus de deux ans. Je pense toujours, perdre un père c'est perdre la paie. Mais perdre une mère, c'est perdre la tendresse, c'est ça une mère, c'est les calins les bisous.. " . Puis elle a pleuré. Et croyez moi que moi aussi j'aurai bien pleuré, elle a raison.
Alors après ça, ne me demandez plus jamais pourquoi je veux faire ce métier, et n'en riez plus jamais. C'est un bien trop beau métier pour en rire..